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Glamorous Murder

Publié le Mis à jour le

bandeau-anglais-linkDepuis quelques années maintenant nous avons vu fleurir et prospérer une quantité impressionnante de séries policières très sophistiquées à la télévision venant principalement des Etats-Unis. L’intérêt pour le crime et sa narration sont loin d’être nouveau pour le public. Les films de gangsters des années 20 et 30 ainsi que le succès de Sherlock Holmes ou Agatha Christie sont là pour en attester. Ce qui me paraît nouveau en revanche c’est une évidente glamorisation des personnages principaux via les techniques modernes dans le traitement de l’image, la mode et le maquillage.

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Esthétique du crime
Dans de nombreuses séries, le crime est présenté en introduction à l’épisode, de façon très détaillée et totalement réaliste. Des études très poussées sont faites pour rendre la scène la plus authentique possible. C’est réussi. Le spectateur en ressent un effroi immédiat et saisissant. Ainsi sont posés instantanément le propos et le point de vue de la narration: Le Monde est empli d’horreurs, le vice peut surgir à tout instant d’une vie confortable et les forces du Bien sont là pour nettoyer ce bazar et endiguer le Mal. Toutes les équipes sont en place: médecins, soigneurs, pompiers, agents de sécurité, le travail d’équipe est glorifié comme garde-fou salvateur. Au centre, désinvoltes mais impériaux, surgissent à leur tour les enquêteurs, les inspecteurs. Blasés mais préoccupés, leur professionalisme s’impose comme la force singulière, porteuse de justice, au centre du brasier. Malmenés, trahis, horrifiés par le Mal, ils Esprits-criminels-Shemar-Mooresont ceux qui vont faire le tri dans les décombres, déjouer les pièges et refaire jaillir le Bien au delà de cet Enfer. Nous les suivons, avides et solidaires, dans cette quête éperdue. Ils prennent des coups, encaissent des désillusions, subissent des injustices, d’où ils finissent toujours par surnager, blessés mais debouts, affectés mais triomphants, pour leur gloire et pour notre réconfort.

Eternité du Bien et du Mal
Ces ressorts sont observables, sur une minute comme sur une saison entière. Car nous sympathisons avec les personnages, qu’ils soient juristes intraitables, accusés à tort, criminels repentis, policiers canailles, la panoplie est infinie. C’est le jeu des scénaristes et producteurs. Au sein d’un cadre perceptif aux données stables – Justice, loi, prison, serment d’allégeance, sens de l’honneur, appartenance à une famille, solidarité communautaire – réside une infinité de possibilités : le policier corrompu, le criminel qui sauve une vie, l’avocat insoupçonnable qui bascule dans le vice, notre perception est soumise à tous les espoirs et tous les revirements. C’est ce qui en fait l’addiction, nous savons que le Monde est plein de vices et nous partons du postulat que nous voulons faire le Bien, nous sommes conscients que nous avons tous une part de vice en nous, éveillée ou non. Ce que les séries nous disent, nous apprennent ou nous rappellent, c’est que ni le vice ni la vertu n’est éternel. Un justicier pourra fauter et un criminel pourra agir pour le Bien. En cela elle ont un aspect très religieux non revendiqué. Cela étant dit, ce que j’observe à titre personnel, c’est que le crime est ce côté obscur diabolisé, celui d’une armée de l’ombre que les hommes de Bien s’échinent à dominer. Kelly-giddish-NYSUL’ambivalence du Bien et du Mal est évoquée mais pas centrale. L’impression générale qui s’en dégage est que la police, glamorisée, est le recours éternel, la base du raisonnable. Il me paraît toujours troublant de présenter des acteurs impeccablement mis pour parler d’horreurs et d’abominations. Est-ce un choix purement esthétique – faire contraste entre le vice et la vertu – ou idéologique – effrayer le spectateur pour lui faire choisir le camp du Bien?


Demi-sommeil et suspension du sens critique

Le fait même de regarder une fiction, consiste à se plonger dans un demi-sommeil, s’abandonner au récit proposé et se placer en récepteur d’un message. Cet état second brouille le libre-arbitre et suspend le sens critique par intermittence quand nous sommes soumis à des phases de plaisir ou de déplaisir. Que nous soyons séduits ou horrifiés, nous sommes transportés dans un ailleurs émotionnel qui nous transforme à tout jamais. Nous gardons une partie de l’histoire chargée de ses codes métapolitiques. L’accumulation de ces séries télévisées (les formats se suivent et se ressemblent), la standardisation de leur esthétique glaçante, conduit à se questionner sur leur portée idéologique. Parfaitement réalisées, sont-elle pour autant inoffensives?

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D’autres questions se posent. Je tenterai d’y répondre quand j’irai enquêter sur place ; )

Qui pilote et finance ces productions? Qu’en est-il des budgets?

Qu’en est-il des intentions politiques des créateurs de ces séries? Ont-ils des buts ultimes?

Quel homme peut-il être infaillible? Que signifie le choix d’un métier de justicier?

Quels motifs personnels poursuivent ces justiciers?

Quelles incidences ont ces séries sur le monde réel?

NdR: Des criminels accomplis ont expressement dit qu’ils tiraient leurs motivations du visionnage d’un film. Exemple: Redouane Faïd a clairement affirmé qu’il a visionné le film «Heat» des dizaines de fois pour s’en inspirer pour ses braquages. De nombreuses idées de dissimulation, d’attaques et d’évasions sont présentes dans les séries et dans les journaux télévisés et émissions d’enquêtes.

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