Sombres songes

Il n’y a pas de grandes réponses, il n’y a que de grandes questions.
La philosophie consiste bien souvent à couper les cheveux en quatre. Quelques réponses peuvent être apportées à des petites questions. Qui suis-je? D’où viens-je? Où vais-je? Comment aimer? Comment se soigner? Comment accepter l’existence? Les grandes questions sont constamment ouvertes et infinies. A quoi bon chercher des réponses finies si ce n’est pour une satisfaction ponctuelle et circonscrite. Les réponses sont comme des cercles ou des boîtes. Elles sont fatalement limitées donc excluantes. Si l’exercice de la philosophie consiste à questionner, elle est sans but et sans fin, elle est un exercice de style. Non dénué de sens puisqu’elle est justement une quête de sens mais bien souvent pesante car les propositions et concepts s’emmêlent, se répondent et se correspondent à l’infini. L’action, à l’inverse, est une réponse. Marcher, répond à une intention de se déplacer. Construire une maison répond à la nécessité de se protéger et de durer, parler répond à une envie de communiquer, de savoir, d’aimer et d’être aimé. C’est pourquoi la philosophie peut-être aussi belle que pénible, aussi inutile que désespérante. Elle est un luxe dont je me tiens éloigné. Un voyage dangereux dans l’univers des songes. La philosophie, n’est-ce pas une folle tentative de faire des mathématiques avec des rêves ?

Le suicide
Quel acte extrême que de mettre fin à ses jours. C’est un acte puissant et maudit. Le message le plus direct qui soit. Personne ne pourra jamais exprimer ses derniers instants. Ce qu’il pense à deux jours, deux heures, deux minutes, deux secondes de La Fin. Le choix des armes, le choix désarme. La réflexion, la résolution, la révolution. L’idée, les dés, l’ire, le délire. Le déluge, le refuge, le centrifuge. L’errance, la défiance, l’amour-rance. L’armure, la peur, la rumeur. L’attente, la pente, la tempe. La rançeur, la noire sœur, la rend-cœur, la rue meurt. C’est fini, parti. Ecrasée, remballée la puissance, les envies multiples. Les cris, les plaintes, Au Diable tout ça. Au Paradis le reste. Des espoirs. Partout et tout le temps. Les autres on s’en fout. Incompatible.

La prison
Sondage : Quelles activités feriez-vous si vous étiez enfermé en prison pour plusieurs années ?

Le Sida
J’ai grandi dans les années 90 avec cette obsession planant au dessus, devant et derrière nos têtes comme une incarnation de la faucheuse rôdant à tous les coins de rue. Campagnes media, rumeurs pressantes, scandales politiques, bavardages, tout a été fait pour que la menace demeure permanente. Le préservatif devait s’imposer partout et tout le temps. Au fil du temps, on s’est aperçu que la maladie concernait certains milieux plus que d’autres, que la maladie avait peut-être été créée en laboratoire et que des tri-thérapies ralentissaient son développement. Le pire pour un malade, doit être le stress engendré par le doute permanent à la fois sur sa durée de vie et sur l’origine du mal et pour finir le relâchement constaté avec stupeur par les spécialistes chez les jeunes générations, celles nées après la mobilisation générale. Je me demande ce que ça doit être d’être atteint du Mal incarné, le mal ultime car incurable de la fin du vingtième siècle. S’il on exclut les douleurs et les contraintes terribles qui doivent advenir, ne peut-on pas considérer qu’il y a un vertige diabolique à se savoir condamné à mort aux milieu de bien-portants, devoir taire son affliction au beau milieu d’un repas d’anniversaire ou d’une réunion de travail. Le secret augmente-t-il le Mal ou permet-il la survie? Il doit en tout cas faire culminer les sentiments de solitude et d’injustice, celui d’un condamné à mort qu’on laisse se balader en liberté comme pour lui faire bien regretter ce qu’il va bientôt quitter. Celui de se sentir comme la victime moyen-âgeuse d’un fléau inique, qu’on croyait d’un autre temps. Celui d’un souffreteux esseulé qu’il est pénible d’écouter au milieu du flux de ses obligations. Celui d’un ancien vivant, d’un futur cadavre qu’il n’est donc plus nécessaire d’appeler ou de congratuler. Le sentiment d’être un ami encombrant qui risque de vous exclure avec lui si vous le fréquentez. La poisse intégrale. Que lui reste-t-il? La drogue? les voyages? Le parapente? Tâchons d’ouvrir les yeux sur les condamnés pas encore morts. Il y a peut-être quelque chose de sublime dans la déchéance, le dernier voyage.


3 réflexions au sujet de « Sombres songes »

    nafi a dit:
    15/03/2013 à 14 h 22 min

    si j’étais enfermée pour plusieurs années j’apprendrais le dictionnaire par coeur.
    je chercherai un moyen d’avoir un contrôle total sur chaque organe de mon corps…
    j’aime énormément le texte sur le suicide. Je me dis qu’il faudrait le donner à quelqu’un 1mn avant son suicide. Mettre en mots des maux, ça les rend plus supportables…

      zenegg a répondu:
      16/03/2013 à 14 h 00 min

      MERCI pour cette belle réponse

    owolabi a dit:
    15/03/2013 à 14 h 28 min

    en tout cas moi je suis contre pour qu’on soit pour le sida

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