WOAW-ART ou WHA-ART

Publié le Mis à jour le

bandeau-anglais-linkLe «Wha» Art ou «Woaw» Art est l’art de l’épate, du coup d’éclat, du «plein les yeux», l’art du spectacle comme fin en soi. La subjugation facile et rapide, au détriment de la consistance et de l’histoire, voire de la sincérité.

Loading...
Expo locale reprenant à son compte les codes de l’art dit «monumental», très visible et sans autre objet que le divertissement…

J’ai lu 100 fois la phrase «l’artiste se réapproprie l’espace» ou «réinterroge notre perception» qui ne veut pas dire grand chose si ce n’est de décrire le principe d’émission et de réception par du verbiage bon marché, qui semble recopié d’exposition en exposition.

Beaucoup de créations aujourd’hui font œuvre de sensation à effet immédiat qui laisse une sensation de manque, d’attente d’une épaisseur, ou d’une portée théorique, fût-elle courte ou modeste. Ca brûle sans fumée, c’est majestueux sans envergure, brillant sans éclat, envahissant pour l’espace, pas pour l’esprit. Prenons par exemple le fameux chien de Jeff Koons à Versailles ou l’installation gigantesque de Boltanski au Grand palais en hommage aux morts d’Auschwitz. Je ne rejette pas le principe en soi, mais leur résonances médiatique et conceptuelle me paraissent totalement exagérées.

Loading...
Quand je vois ça j’ai envie de partir en courant. When I see this it makes me wanna run

A-t-on donné l’idée aux créateurs que tout homme est un messager et que toute chose a un sens? L’art s’est-il noyé dans son infini? Une piste de BMX installée au Grand Palais <<< Voir photos et vidéos >>> est tout aussi grandiloquente et majestueuse qu’une installation de Boltanski. A-t-elle moins de droit que cette dernière d’être vue comme un prisme de sens? Une transcendance terrestre? Un sujet de ravissement? C’est cela qui est recherché : le ravissement sans cause. Je propose donc de catégoriser ce type d’art par le terme «Woaw Art» qui peut représenter la surprise immédiate et sans lendemain en français comme en anglais. En prime le terme «Wha» abbréviation orale de «What» peut se substituer à Woaw pour indiquer la surprise du visiteur en quête de sens qui reste sur sa faim. On échappe ainsi au WTF (What The Fuck-De quoi s’agit-il bon sang) Art qui pourrait aussi convenir. Le Woawart ravira donc les publics faciles, les coureurs de cocktails plutôt que les chercheurs d’or, les âmes trop captives et les cachetonneurs.

La liberté d’action, de sensation et de pensée est précieuse, chacun doit pouvoir créer et apprécier l’art sans le poids du sectateur, du critique moqueur et du respect des génies. Mais quand vous voyez que l’hystérie se collectivise, que la mauvaise foi devient référence et que l’artificialité est célébrée, cela donne envie de lancer un cri d’alerte, tirer l’alarme qui ne se ferait sinon que dans l’aigreur et les murmures, la rancune et le contournement. Il y a tous les niveaux de revenus, il y a tous les niveaux de conscience, ce serait bien si ceux-ci se rencontraient plus souvent.

Comme dans d’autres domaines (télévision, travaux publics…) les financements soutiennent des aberrations. La machine infernale est lancée et les langues se lient à la fatalité. «Puisqu’il en est ainsi». Les décisions deviennent définitives. Le temps efface des choses ou des pensées valeureuses, oublie des héros, des génies, d’autres fois, il porte au pinacle des arnaqueurs ou des horreurs esthétiques. C’est peut-être ce qui a porté un temps le maître du vide : Andy Warhol. Il semblerait qu’une blague potache consistant à présenter des boîtes de soupe et des paquets de lessive comme de l’art soit devenu une institution. Il a dénoncé un travers, c’est devenu une pose, puis un procédé, maintenant un métier à part entière (produire du concept à partir de rien). L’idée comme l’action est devenue une fin en soi, gravée dans le marbre de l’Histoire de l’Art. Partout où vous vous tournez dans les publications artistiques américaines, surgit tôt ou tard le nom d’Andy Warhol. Ce que je fais d’ailleurs moi aussi aujourd’hui ici, prolongeant une spirale infernale qu’il n’aurait peut-être pas renié.

Je propose donc, avec une malice prétentieuse et une lucidité résignée, la création du groupe de pensée nommé Sick of Andy Warhol (S.A.W), une Rage against Andy Warhol (R.A.W.) pour renier la Joie d’Andy Warhol (J.A.W) et le Love of Andy Warhol (L.A.W.). Que tout ceux qui ont été exaspérés un jour par la prégnance de l’artificialité dans l’Art, du recyclage de la contestation, de la célébration d’arnaques intellectuelles et de pompeux verbiages, rejoignent ce groupe, sans haine mais résolus à éclaircir la voie.

Merci

PS : La prochaine fois je vous parlerai de ma Woody Allen Rant (W.A.R.)

ANNEXE :
Une œuvre d’art doit-elle avoir une histoire, un début et une fin? Une justification? Un but? Ou bien le droit de créer est-il un absolu sans limite? Si limites il y a, ce sont celles du regardeur, celles qu’il s’impose à lui-même (autant qu’il le peut…certaines formes d’art comme le graph prenant d’assaut les regards) celui-ci se détourne de ce qui le rebute ou de ce qui ne lui paraît pas justifié. Or on ne peut nier que le monde esthétique comporte son lot d’influenceurs, de lanceurs d’alerte, d’investisseurs qui sculptent le marché de l’offre et donc celui de la «sensation collective». Et donc celui des courants picturaux et la valeur marchande des œuvres. Quelle est la part d’intention et celle du suivisme dans les fluctuations de l’offre et la demande? Eternelle question peut-être insoluble. On peut cependant identifier clairement les abus de l’esprit, les outrances volontaires et les provocations éventuelles. Ce qu’on peut espérer d’une œuvre d’art, d’un artiste, c’est une certaine épaisseur, une vérité (crue ou non) qui l’habite, pas le discours qui l’accompagne, qui est parfois une invention ou un délire. Le storytelling ne suffit pas. Il fonctionne s’il est au service d’une authenticité. C’est peut-être ce qui distingue l’art de la décoration?

deco-mag2013
La décoration aussi se pique de couleurs acidulées et de formes étranges, inattendues…

Voir aussi :

http://coordination-defense-de-versailles.info/html/2008/2008-09-11_LE-FIGARO_Jeff-Koons-a-Versailles.html

http://coordination-defense-de-versailles.info/wp/tag/koons/

http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/

Publicités

4 réflexions au sujet de « WOAW-ART ou WHA-ART »

    nsqol a dit:
    26/08/2013 à 9 h 19 min

    i will be baaaaack!!!!!

    WOAW-ART ou WHA-ART | N ' SQOL a dit:
    26/08/2013 à 10 h 21 min

    […] WOAW-ART ou WHA-ART. […]

    Jordane a dit:
    26/08/2013 à 12 h 58 min

    Bonjour Zenegg.

    Je ne suis initiée à l’art que depuis peu de temps finalement;
    mais je pense que peu importe l’oeuvre, elle est censé produire en nous une émotion, bonne ou mauvaise, que ce soit le bien-être ou le dégoût.

    Puisque tu as parlé de Boltanski, j’ai vu il y a peu de temps son oeuvre « Les enfants de Dijon ».
    Devant cette oeuvre, je n’ai absolument rien ressenti, même pas de l’incompréhension.
    Ces portraits d’enfants en noir et blanc utilisés par Boltanski sont pourtant censé évoquer la mort et l’anonymat.
    Le sujet est sérieux et triste mais, je n’ai rien ressenti, aucune émotion.
    Je n’ai vu que des photos de son installation au Grand palais en hommage aux morts d’Auschwitz, et là, je me suis juste demandé quel impact elle aurait eu sur moi si j’avais été dans ce lieu. Est-ce-que j’aurais été bouleversée ou non…
    L’installation en elle même me parait démesurée mais si jamais elle provoquait en moi une quelconque émotion peut-être que cela me dérangerait moins.
    Sur le moment en tout cas, car je ne suis pas sur que le lendemain j’y penserais encore…
    Je comprends donc ce terme, «Woawart» et l’utiliserai surement.
    Un intérêt passager à une oeuvre quelconque que l’on finira par oublier.

    Lorsque tu parles de blague potache, de produire du concept à partir de rien, je pense à l’artiste Ben.

    Concernant les financements, peu importe le domaine, c’est souvent sidérant, mais nous sommes tous différents et n’avons pas la même vision de l’art.
    Donc j’imagine que si des financements sont octroyés c’est que des gens (je ne les connais pas) ont été touchés ou dérangés que ce soit un immense chien rose, des montagnes de vêtements ou des boites de soupes… (Mais je me trompe peut-être)

    L’important est de continuer à faire avancer des artistes qui nous tiennent à cœur, en les soutenant et en partageant leurs œuvres.
    Faire un groupe comme le SAW ou le RAW ne donnerait-ils pas aux artistes cités plus d’importance qu’ils n’en méritent à tes yeux ?

    P.S.: Je n’aimerais pas vivre au milieu des décorations de la dernière photo…

    Bon après-midi !!

      zenegg a répondu:
      28/08/2013 à 15 h 59 min

      Merci Jordane pour ton commentaire. Effectivement je n’ai pas pensé à Ben, je l’avais oublié celui-là ! Une industrie très prospère également ! Et des soutiens inombrables ! Il me fait peu d’effet également. C’est une très bonne illustration. Son concept est amusant, distrayant mais ne reste pas dans les mémoires je trouve. Sinon, pour répondre à ta question, non je pense pas donner plus d’importance aux artistes avec le SAW et le RAW, c’est plus une blague qu’autre chose, je joue avec les mots et les significations, je ne souhaite pas créer une organisation ne t’inquiète pas :)) Merci de ton oeil avisé en tout cas

COMMENTER

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s